Archives Mensuelles: novembre 2013

Samu Manoa, le bien nommé.

UPDATE 22/12/2014 : Samu Manoa s’est engagé pour 4 saisons au RCT.

Il vient tout juste de récupérer son trophée de « Premiership player of the month » pour le mois d’octobre, il est américain d’origine tonguienne , mais en faisant une contre-pétrie à partir de son patronyme on pourrait croire qu’il appartient aux… Manu Samoa. Vous me suivez ? 

Non ? Ce n’est pas bien grave on est là pour ça. Samu Manoa est un seconde ligne que l’on peut classer dans la catégorie des rugueux. A 28 ans il se traine déjà une solide réputation de découpeur avec quelques chefs d’oeuvre à son actif. Si la faible exposition des Eagles ne lui permet pas de briller à sa juste valeur, il sait saisir l’opportunité lorsqu’elle se présente, comme lors de ce test match face à l’Irlande à Houston, Texas où O’Mahony a eu un problème. Ce dernier, capitaine de fortune d’une équipe irlandaise en tournée qui avait décidé de tester des nouveaux joueurs, reçoit la gonfle à hauteur des 40m, hélas Manoa a anticipé la course du Munsterman et le renvoie à ses chères études d’une magnifique planche dont il a le secret !

S’il s’agit là d’un de ses rares coups d’éclat sur la scène internationale, les amateurs de Premiership connaissent bien le joueur des Northampton Saints où il forme un attelage assez effrayant avec Courtney Lawes, autre grand ambassadeur du Cachou Lajaunie. Neveu d’une ancienne gloire tonguienne émigrée à Hawaï, c’est donc tout naturellement que Manoa démarre sa carrière de rugbyman au club de San Francisco Golden Gate. Il y effectuera 7 saisons avec notamment un titre en 2009. En 2011 il tape dans l’oeil de Jim Mallinder, directeur du rugby chez les Saint de Northampton qui le signe. En saisissant ce beau contrat en Europe, il sait que sa carrière va décoller même si une clause dans son contrat l’empêche de participer à la coupe du monde 2011. Mais sa décision est prise et c’est donc sur les rives du fleuve Nene que ce dernier va développer son rugby et prendre une dimension internationale. Dès sa 1ère saison il claque 17 feuilles de match, 2 trophées d’homme du match face à Castres (HCUP) et les Harlequins et termine dans la Dream Team ESPN, excusez du peu !

L’an passé, il ne baisse pas de rythme et enchaine 24 apparitions sous le maillot des Saints dont la majorité aux côté de l’autre terreur des Midlands, Courtney Lawes. Sa grosse activité défensive et son style spectaculaire lui permettent d’être élu joueur du club par le public et par ses pairs, vous parlez d’une reconnaissance ! Le garçon mouille le maillot et le public de Franklin’s Garden le lui rend bien.

Besoin de Samu ?

Vous avez appelé le Samu ?

Avec 7 apparitions pour 3 essais (contre 2 lors des 2 dernières saisons) il a même pris une dimension supplémentaire en attaque où malgré son double mètre, il parvient à créer des brèches et à conclure. C’est là que le garçon a un profil rare, il n’est pas seulement un guerrier, c’est aussi un excellent manieur de ballon ce qui lui vaut parfois de descendre en 6. Il est très précieux dans l’alignement des Saints où son capitaine Hartley dispose de 2 cibles privilégiées avec Lawes, voir 3 avec Christian Day. Pièce maîtresse de Northampton, il est encore sous contrat pour les 2 prochaines saisons, toutefois il y a fort à parier que son profil rare va susciter de nombreuses convoitises en Europe, et l’appétence actuelle des clubs français pourrait les diriger vers cet incroyable plaqueur…

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La malédiction noire

Dimanche à Dublin, on a certainement assisté à un des plus beaux matchs de l’année si ce n’est le plus beau. Cet Irlande / All Blacks que l’on annonçait à sens unique tellement les hommes en noir dominent leur sujet cette année, s’est finalement transformé en pur chef d’oeuvre rugbystique par la grâce de 30 joueurs totalement subjugués par ce match en terre irlandaise. Retour sur 80 minutes de pur bonheur.

Les statistiques sont cruelles pour les irlandais. Avant ce match ils n’ont jamais battu les All Blacks, tout juste accroché les néo-zélandais en… 1973 ! En 27 matchs donc, les verts ne sont jamais parvenus à faire chuter leur adversaire du jour, pire encore, leur dernière opposition en juin 2012 avait viré à la fessée record avec un 60/0 qui en dit long sur l’écart de niveau du moment entre les 2 formations. Avant ce match peu d’observateurs croient aux hommes de Joe Schmidt et pourtant…

Début de match canon

Pas impressionnés par le traditionnel Ka Mate des visteurs, les irlandais réalisent un début de match époustouflant où les enchaînements avant 3/4 déstabilisent le rideau noir de manière spectaculaire. La charnière Murray / Sexton anime à merveille autour des rucks, et c’est le 1er nommé, qui à la surprise générale, aplatit la gonfle au bout de seulement 4 minutes de jeu ! La réalisation est juste parfaite et incroyablement limpide ! Une conquête solide et une volonté de fer pour gagner le centimètre nécessaire auront eu raison de la défense de la meilleure équipe du monde au bout de seulement 4 minutes.

Connor Murray marque à la 4ème minute !

Connor Murray marque à la 4ème minute !

Sexton transforme et voilà les irlandais idéalement lancé dans cette partie. Piqués au vif, les champions du monde récupèrent le renvoi et sur une belle inspiration de Cruden, Savea est à deux doigts de conclure en coin. Sur la touche qui suit, les irlandais assurent la conquête et se lancent dans une folle relance de leur 22m mais une mauvais transmission les oblige à rendre le ballon aux Blacks qui échouent à quelques mètres seulement de l’en but. Un dégagement au pied plus tard, la furia verte déferle sur les attaquants Blacks, surpris par un tel engagement. Touche irlandaise sur les 40, Best trouve O’Connell qui dévie directement sur Murray puis Sexton qui envoie Heaslip pénétrer le 1er rideau adverse. Murray renverse sur Healy lancé comme un frelon qui parvient à trouver son compère de la 1ère ligne Best. Murray en remet une couche avec Heaslip et sur le regroupement qui suit, O’Brien ramasse et s’enfonce dans les 22 adverses pour trouver Murray, omniprésent ! Après un nouveau point initié par O’Brien, également monstrueux, Murray envoie Best en terre promise, c’est le délire dans l’Aviva Stadium ! 14/0 après la transformation de Sexton les Blacks sont KO debout et les irlandais sur un nuage, et ce n’est pas fini…

Rory Best pour le 14/0

Rory Best pour le 14/0

Les Blacks se lancent à corps perdus dans la bataille mais butent sur un rideau vert organisé et animé une volonté de fer. O’Brien et Healy ralentissent les sorties de balle et les Blacks pataugent. Sur une offensive au large, Dagg contrôle mal un ballon et Kearney intercepte et met le turbo, plus personne ne le reverra. Le frisson qui traverse les travées de l’Aviva Stadium est indescriptible, de Limerick à Galway toute l’Irlande est en fusion, le XV du trèfle qui n’a jamais battu les All Blacks de toute leur histoire est en train de d’infliger un 19-0 aux champions du monde en seulement 17 minutes !

Rob Kearney sintercepte

Rob Kearney intercepte

A ce moment de la partie on pense que les irlandais ont fait un grand pas vers cette victoire historique que tout un peuple attend depuis des siècles. Mais ces Blacks sont faits d’un bois rare, celui des grands champions. Et quelques minutes plus tard, là où une majorité d’équipes aurait explosé en plein vol, ils trouvent la solution sur un petit rasant de Cruden pour Savea qui ouvre le score pour les Blacks. Cruden transforme mais l’ampleur du score reste encore largement en faveur des Blacks d’autant plus que Sexton enfonce le clou d’une pénalité. Cruden lui réplique au retour des citrons. Les irlandais ne semblent pas gérer leur match et semblent plutôt payer les efforts consentis en 1ère mi-temps, mauvaise nouvelle d’autant plus que les Blacks réduisent la marque avec Franks en force. Cruden ramène les siens à 1 essai transformé du match nul en réussissant la transformation ! Panique dans le stade où on sent que les Blacks ont su laisser passer l’orage pour revenir en 2ème période.

La faillite de Sexton

Mais cette victoire ne peut pas échapper aux irlandais, avec moins de 15 minutes à jouer, ils se doivent de conserver la marque coute que coute, et quand une pénalité légèrement excentrée à droite des barres se présente à 5 minutes du terme de la partie, l’impeccable Jonathan Sexton sait que c’est celle de la gagne. Mais la pression est là et son temps de préparation est incroyablement long, le racingman a-t-il trop « cogité » ? Rien n’est moins sur et lorsque le ballon s’éloigne des poteaux, les irlandais savent que les Blacks vont déchainer les enfers sur les 5 dernières minutes. Et ils n’ont pas faux, les Blacks prennent tous les risques et jouent tous les ballons qui se présentent. Nonu au bout de son effort commet un en avant, turnover fatal ? Les irlandais mettent la main sur le ballon et l’on sait ô combien les O’Connell et consorts savent tuer le temps par du jeu au près, véritable marque de fabrique du Munster. Mais à la 78ème (!) alors que l’on pensait les Blacks définitivement battus par cette valeureuse Irlande, Nigel Owens siffle une faute au sol qui rend le ballon aux coéquipiers de Mc Caw. Dans une folle remontée de terrain et au terme de temps de jeu interminables, Smith éjecte le ballon pour Cruden qui allonge la passe pour Dan Coles, le talon remplaçant réalise alors un geste d’une rare dextérité pour son poste en fixant deux défenseurs pour envoyer Crotty en terre promise, stupeur dans le stade. A voir les Blacks se congratuler mutuellement on imagine que ce nul équivaut à une victoire à leurs yeux tellement ils reviennent de loin. Cruden a pourtant la gagne au bout du pied, mais sa transformation passe à droite. Coup de théâtre, sa petite mimique du pied a incité les défenseurs irlandais à monter au contre pensant qu’il avait entamé sa course d’élan. Nigel Owens prend la bonne décision en faisant retenter la transformation. Cette fois Cruden ne tremble pas et dans un pur moment de dramaturgie, celui-ci permet aux Blacks de rester invaincus en 2013 avec 14 victoires, incroyable. Les irlandais sont abattus même s’ils ont probablement produit un des plus beaux matchs des 20 dernières années, ceux-ci n’ont toujours pas gagné les Blacks et pour les géants que sont Paul O’Connell et Brian O’Driscoll, cette défaite sonne surement le glas de leurs rêves de triomphe face aux légendaires All Blacks, et Dieu sait qu’ils la méritaient celle-ci. Les Blacks eux, prouvent au monde entier que le titre de « meilleure équipe du monde » n’est en rien erroné, et l’émotion dégagée tout au long de ce match où ils sont passés du vide interstellaire à la gloire éternelle d’une année triomphante prouve qu’il s’agit bien d’hommes, certes, mais d’exception. Nous devons considérer la chance que nous avons de les voir évoluer à ce niveau de performance et nous incliner devant tant de qualités réunies. Pour les irlandais cela peut s’avérer être un traumatisme ou un acte fondateur, l’avenir nous le dira… Quoi qu’il en soit, Joe Schmidt a déjà posé son empreinte sur cette équipe tant elle a paru structurée et sure de sa technique. Ce sera très certainement un gros client pour le Tournoi qui s’annonce…

La pire moustache de l’année est attribuée à…

Mathew Turner ! Membre de l’équipe d’Angleterre de rugby à 7 pour sa formidable « monkey’s tail » en forme de queue de singe donc.

Mathew Turner

Mathew Turner

 

Cueto, vieux requin solitaire.

Pour ce 1er billet il fallait démarrer sur du solide, du concret et assurer « les fondamentaux ». De fait, rédiger un papier sur les Sale Sharks où j’ai passé un semestre en stage et sur son icone Mark Cueto m’apparait comme une évidence. 

Ce soir (22/11) à 19h45 heure locale, se déroulera le match Sale Sharks vs Worcester Warriors pour le compte de la 8ème journée d’Aviva Premiership. Ce match passera surement inaperçu entre les test-matchs du lendemain et un USAP/RCT qui sent bon la visite de complaisance pour Virgile Bruni. En outre il s’agira d’un match du ventre mou de la Premiership entre le 8ème et le dernier du championnat. La lecture purement comptable de cette opposition entre 2 équipes en quête d’identité et de continuité n’est pas très ronflante, toutefois la présence de Mark Cueto dans le XV de départ des Sharks mérite à elle seule un éclairage particulier tant le garçon aura marqué le championnat anglais et le club de Sale par son empreinte.

Des débuts prometteurs

Mark Cueto disputera là son 241ème match sous les couleurs des Sale Sharks, son seul et unique club professionnel. Tout droit sorti des Jets (l’académie des Sharks) Cueto ne tarde pas à intégrer le squad professionnel et dès sa 1ère saison pro il termine meilleur marqueur d’essai de la Premiership avec 13 réalisations. Il est aujourd’hui le meilleur marqueur en activité de l’histoire de la Premiership avec 83 réalisations juste devant une autre légende des Sharks, le nonchalant Steve Hanley (75), ce qui en dit long sur l’influence et la régularité de notre bonhomme. Auteur de bonnes performances, il explose avec l’arrivée de Philipe Saint-André aux commandes du club en 2004, année faste où il connaitra d’ailleurs les joies de la sélection anglaise pour un début en fanfare avec un doublé pour sa 1ère cape face au Canada. Avec l’arrivée de l’actuel sélectionneur du XV de France, le club prend une autre dimension et l’arrivée massive de joueurs français (Chabal, Faure, Courrent, Larrechea, Bruno) donne un coup de boost à cette formation déjà riche de nombreux internationaux mais à la conquête un peu fébrile. Bruno et Faure redonnent de la vigueur à la mêlée fermée et le même Bruno sa régularité au lancer. Et que dire de « SeaBass » aka Sébastien Chabal ?! Bien avant de devenir l’idole du peuple, c’est bien à Sale que ce dernier s’est révélé sous la houlette de son éphémère mentor berjallien. Repositionné en 8 et assurant la couverture en 2ème rideau, il fait parler sa puissance et son explosivité. Fort d’un pack conquérant et d’une charnière aux portes de l’équipe d’Angleterre (Wigglesworth/Hodgson) le triangle arrière composé de Cueto, Robinson et du virevoltant catalan Oriol Ripol dynamite les défenses adverses et récolte les titres (Challenge européen en 2005, Premiership en 2006).

Cueto face à la France

Cueto face à la France

Des lendemains qui déchantent

Mais les lendemains de fête sont parfois douloureux, avec le départ de PSA et ses frenchies, la retraite de Jason Robinson, les départs des historiques Sheridan, Hodgson et l’exil des jeunes talents Wiggleswoth, Foden (!) le niveau des Sharks baisse inexorablement. Les finances plombées par le passage galactique de PSA sont en souffrances, mais Mark Cueto reste fidèle à son club quitte à faire une croix sur des opportunités en France ou dans des clubs anglais plus huppés. Ce n’est pas grave, car si le club banlieusard mancunien a la gueule de bois, Cueto lui, brille de milles feux sous le maillot du XV de la rose. Il contribue au retour au 1er plan de l’Angleterre après son titre mondial de 2003 et les difficultés de reconstruction qui suivirent, au point de devenir un cadre en puissance en alignant 29 matchs d’affilé en tant que titulaire sur l’aile gauche de la sélection. Là aussi il reformera un trident arrière de grande qualité avec Robinson, Foden, Armitage ou bien encore Ashton. Il sera un élément clé de la conquête du tournoi 2011 et malgré une blessure reviendra titulaire durant la coupe du monde 2011 où il jouera même le 1/4 de finale perdu face aux Français. Mark Cueto est donc un homme convoité, surement un des meilleurs ailiers de sa génération, et en dépit de nombreuses sollicitations il a toujours choisi de rester fidèle aux Sharks malgré le manque de résultats et d’exposition médiatique dont souffre son club de coeur depuis le départ du très médiatique St-André. Sa longévité au club est assez rare à ce niveau et seule une poignée de joueurs peuvent se targuer de n’avoir connu qu’un seul club, même si rien n’est jamais sur à 100% dans le rugby pro, il devrait finir sa carrière au terme de la saison 2013/14 dans la banlieue mancunienne. Retraite ou pas, une une chose est sure, il aura marqué de son empreinte ce club par sa longévité et sa régularité. Sa fidélité sans faille et sa contribution comptable (465 points) lui assurent une place au panthéon des Sale Sharks aux côtés des Jason Robinson, Pete Anglesea, Steve Hanley, et autres Sébastien Chabal.

Le style

Moins virevoltant que son compère Robinson, Cueto est un ailier complet, bon sous les ballons aériens, doté d’une bonne pointe de vitesse et de crochets efficaces, toutefois sa grande force réside dans son sens du placement et de l’anticipation, à l’image d’un Vincent Clerc, il s’agit d’un finisseur hors pair qui sent bien les coups. Sa capacité à venir se proposer avec le bon timing dans la ligne récupérer les offrandes de Toby Flood en sélection ou Charlie Hodgson en club en font un élément incontournable sur les phases offensives. Son autre grande qualité réside dans la longueur de son jeu au pied où il parvient souvent à donner de l’air à son équipe. Le fait qu’il soit gaucher offre également d’autres alternatives à son ouvreur. En défense il sait se montrer intraitable et assène parfois de gros tampons à son vis-à-vis, avec près de 95kgs sur la balance pour 1m83 il peut s’opposer frontalement sans craindre pour son intégrité physique.

Les records de Mark Cueto

  • Meilleur marqueur d’essai de tous les temps en Premiership (81 série en cours)
  • 1 essai inscrit pendant 8 matchs consécutifs (A égalité avec Chris Oti)
  • Joueur ayant disputé le plus de matchs sous le maillot des Sale Sharks (240 série en cours)
  • 55 sélections en équipe d’Angleterre pour 20 essais.

Mark Cueto, homme de records.

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